Ma tite Clémentine,

Me  voici d’un coup tout embarbouillé de larmes devant mes rognons refroidis ! Ta lettre me fend le cœur. Ma tiote, tu me fends le cœur !

Suis-je un scélérat pour que tu me haïsses ainsi ? Tu n’as plus confiance en moi ?

Tout de même ! Me comparer à  une « grosse arnaque ventripotente, rouge du sang des tout-petits qu’on assassine de bobards tous les ans » ? A une « duplicité de tes parents qui, pourtant, sévissaient bien durement au moindre de tes petits mensonges, de tes écarts ? »

Ma brave Mère Noël en est si retournée qu’elle en brûle mes crêpes, mon dessert préféré ! Ma tendre femme au grand coeur m’envoie de toute urgence vers toi pour te sauver du désespoir.

Té, le mérites-tu, ma petitoune ? N’écoute plus tes souvenirs tristounets, pourtant, à y réfléchir, si vibrants d’espoir ! Demain, ouvre grands tes yeux et ton cœur, lève la tête, écoute chanter Noël !  Dans l’air pur du firmament tout illuminé d’étoiles, n’entendras-tu pas  joliment tintinabuler les clochettes et les grelots de mon traîneau ?

Té, vé,  comme je me décarcasse pour vous rendre tous heureux. Et toi, tu m’escagasses ! Comme ton caractère est bien tracassier !!!

Pourquoi te confiner ainsi dans l’engourdissement des habitudes ? Au crépuscule de ta vie, tu brûles et tu barbottes dans des jours et des nuits si chagrinés de solitude et de froidure. Ma Tine toute ridée comme une vieille pomme, je ne prétends pas d’emparadiser : je ne suis pas le Bon Dieu, vois-tu ! Tu veux renaître, mais tu te cramponnes aux barreaux de ta prison, étranglée par la peur… Comment puis-je t’aider, moi, à ouvrir tes yeux clos ?

Tu t’épargnes, Clémentine, ainsi coupée du monde. Tu t’enlises et t’embarbottes comme un gâte-papier. A s’y perdre dans ta bafouille, dans tes cascades de mots et de maux ! Tes pensées, tes renoncements, tes ruminations altèrent ta santé déjà bien fragile. Tant de griefs, de matins amers, de nuits mauvaises qui cherchent l’air, leur part de rêves ! Comment te hisser vers le Soleil ?

Avec toi, j’y perds mon latin ! J’avance à pas prudents sur terrain miné ! J’ai beau chercher mais ne trouve que cette idée : un Smartphone ! Le pitchoun du voisin viendra te donner leçons, c’est un gentil garçon. Té, ta parole muselée trouvera bien quelque chose à dire à quelqu’un ! Il y a toujours quelqu’un pour chacun ! Mais attention, Tine, ce Quelqu’un, tu l’écouteras avec soin, il sera ta joie, il sera ton lien d’avec le Monde. Ne va pas lui bricoler un bouquet de misères ! Sinon, tu le perdras !

Ma Tine, que tes mots soient fenêtres ouvertes pour les autres ! Il y a tant de tendresse lovée en ton cœur. Laisse-la s’épancher en toute liberté : n’étouffe plus la vie qui coule en toi ! Aime la Vie comme un poème et, surtout, accorde grand prix au Temps qui passe, il court si vite à ton âge !

Sois heureuse, ma chère Clémentine, avec ce mobile intelligent. Il sera grand vent de nouveauté dans ta vie étriquée ! Et n’oublie pas de me bricoler un album de toutes tes photos : tu me feras bien plaisir !

La Mère Noël et moi t’embrassons bien affectueusement. A l’Année prochaine !

PS : Et surtout, ne langarde pas dans ton téléphone, nous serions bien déçus, la Mère et moi ! Je trouve la Provence bien cancanière :  c’est bien assez, n’en rajoute pas !

Pour ton information …S’embarbotter : ne pas pouvoir continuer des phrases qu’on a commencées – gâte-papier : mauvais écrivain – langard(e) : qui parle beaucoup et dit du mal – escagasser : démolir, fatiguer, ennuyer, agacer.

(Le petit monde de Luciole)

11 commentaires

  1. Merci Dômi.
    Impossible de lire la lettre NR11.
    Je repasse demain pour commenter
    Bisous

  2. Un papa Noël du Sud ça… 😉

  3. Le père Noël aurait-il pris ses quartiers dans la région de Marseille ????

  4. De quoi remonter le moral à Clémentine, c’est chouette.
    J’aime beaucoup.

  5. Voici résumées toutes les stridulations de la Provence !

  6. alors voilà, clem va-t-elle écouter et comprendre le père noël ?

  7. Quelle belle lettre superbement bien écrite. Bises

  8. Un délicieux parfum du sud dans cette belle lettre .

  9. Cette lettre sent bon le sud .Il est sympathique ce père Noël à l’accent provençal!

  10. Hihihi ! un Papa Noël du Sud rien que pour le Sud ! Ben voui, c’est bien connu : il y a le Sud et …. les estrangers !
    Clémentine saura t-elle écouter l’Ancêtre ?
    Bisous

  11. Une bien jolie lettre que celle-ci … je la situe un peu …

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